Une odeur de vacances

Billet du 06/09/2005

Me revoilà de retour après le début des cours à l'université... En réalité le second semestre commence officiellement le 22 août, mais comme toujours les choses fonctionnent un peu différemment dans ce beau pays qu'est l'Argentine. En gros ça marche comme ça : quand les profs se sentent assez motivés (vers mi août en maths, début septembre en info) ils collent une affiche avec l'horaire et le lieu de la première classe sur un panneau de la fac d'info, sans se concerter entre eux pour essayer de faire coïncider les horaires. Si trop d'étudiants ont des problèmes d'horaire le prof peut le changer, mais toutes les personnes qui ont raté la première classe (par exemple parce qu'elle a été annoncée le vendredi pour le lundi...) ne pourront jamais le savoir et à part si ils ont de la chance, ne trouveront pas le cours.

Cela mis à part, j'ai quand même réussi à me faire un emploi du temps avec des cours bien intéressants, plus orientés théorie, comme en Allemagne. Comme partout sauf à l'INSA en fait (en même temps j'avais qu'à pas aller un ingénierie). Les profs sont vraiment sympas, ils sont vraiment disponibles et le travail en petit groupe est agréable, en plus je revois un peu les mêmes têtes de cours en cours. Le côté anarchique de l'Argentine me permet de contourner facilement les problèmes administratifs bien que je ne suis pas inscrit à l'université et que je n'ai aucune équivalence à faire valoir. En gros j'arrive dans un cours, je dis et je suis étudiant d'échange, les profs sont tout amusés d'avoir un français dans la classe et voilà, c'est parti. J'ai été aussi surpris de voir que les profs sont tous vraiment bien calés, ils ont peut-être pas les moyens d'autres universités mais ils sont au niveau : ça m'est pas encore arrivé de voir un prof "sécher" sur une question ou se planter complètement (je me souviens qu'en Allemagne et en France, c'est arrivé plusieurs fois) et les cours sont plutôt biens faits.

Évidemment il n'y a pas que des profs, il y a aussi les étudiants. Et les chiens (surtout en chimie dans les couloirs). Et aussi tous les types qui attendent pour passer chez le dentiste dans la fac d'odontologie en face de la fac d'info. J'ai appris au passage que l'"odontologie" c'est le champ de la médecine qui concerne les dentistes. Donc à la fac d'odontologie, il forment des dentistes. C'est pas tout à fait vrai, en fait il forment plutôt des chauffeurs de taxi : d'après une étudiante c'est le principal débouché, le métier de dentiste étant relativement saturé. Et comme je disais plus haut, on peut gratuitement se faire charcuter par un apprenti bourreau-dentiste-futur chauffeur de taxi (j'exagère un peu). Un peu comme les écoles de coiffure qui coiffent gratuitement, sauf que là ça repousse pas. Et là je me suis dit : pourquoi ne pas y aller, ça serait la quatrième fois que j'irais chez le dentiste dans ma vie (véridique) ? Et bien non, il faut être majeur ou avoir une autorisation des tuteurs légaux. Il se trouve que j'ai moins de 21 ans donc légalement je ne suis pas majeur en Argentine. Et comme j'ai plus de 18 ans je n'ai plus de tuteurs légaux. Donc je ferai un check-out de mes dents la prochaine fois que je prendrai le taxi, tant pis. Au passage ne me demandez pas comment j'ai fait pour rentrer dans un pays en étant mineur non accompagné. Je demanderai au service d'immigration rien que pour les em****** quand je partirai... ahahah je suis une faille dans le système ! J'ai fait planter la matrice !

Bon revenons à nos moutons - ou plutôt à nos chiens. Ceux de la fac de chimie, il faut suivre un peu, hein. Je suppose qu'ils sont mieux en chimie qu'en médecine ou - pire - en odontologie (en tout cas d'après ce que j'ai entendu en France, on utilise les chiens pour former les chirurgiens). Une autre particularité des étudiants de La Plata, c'est d'être à fond dans la politique, très engagés. Ce qui est plutôt bien, vu l'état des universités argentines.

La semaine dernière dans la fac de maths j'ai eu le malheur de vouloir aller aux toilettes : pas de papier, pas de savon, en partie pas de portes et pas d'eau (!)... des WC comme à la plage... avec un bonne odeur de vacances... bon pour être honnête je dois quand même dire que l'eau a été rétablie dans la semaine. Les ordinateurs de la fac d'informatique me rendent nostalgique : ils utilisent des Pentium II sous Windows 98, en gros les mêmes machines que celle qu'on a acheté à la maison en 1998 (il y a 7 ans...). Dans la bibliothèque les bouquins sont pour la plupart plus vieux que moi... Pour pallier au manque d'argent, j'ai l'impression que la fac essaie de se faire "sponsoriser" : on a une salle IBM sous Linux avec une armée de IBM ThinkCentre flambants neufs sous SuseLinux, même livrée avec la déco IBM (des affiches IBM sur les murs). En face on a la sale SUN avec une armée de Sun Ray ("thin clients" ou client légers) sous Solaris, le tout relié à un gros serveur (sans doute un serveurs à lames, les "blade server" Sun Fire), tout aussi neuf et propre. C'est sûr que ça tranche avec la salle de vieux ordis qu'avait la fac, et je me demande comment ils ont pu payer ça, ou s'ils l'ont eu gratuitement, à quel prix une université se fait équiper gratuitement... De même, de manière général les fenêtres et le chauffage des bâtiments sont dans un sale état, etc...

C'est pour ça que régulièrement les profs et les élèves organisent des manifs et font des grèves. Bizarrement aucun des cours que je suis n'a été affecté jusqu'ici. Mais on peut sentir qu'il y a un vrai bras de fer entre les universités et les gouvernement, et aussi avec le rectorat au sein de l'université. Les élèves ont l'air d'avoir vraiment du pouvoir ici : rien à voir avec la France (où on dirait que personne ne veut rien, en tout cas à l'INSA : même l'UNEF, critiqué pour être partout, n'est pas à l'INSA) ou même l'Allemagne (depuis la réforme de 1977, même si les étudiants sont toujours aussi militants, ils n'ont plus aucun pouvoir de décision à Karlsruhe). Ici en informatique on a un groupe qui s'appelle Pi (super original le nom hein) et apparemment ils se sont mis l'administration avec un projet qui visent à réformer la méthode de recrutement des universitaires, en passant du piston maquillé en concours à un vrai concours "ouvert". Le truc amusant c'est que dans une même université on a plein de groupes étudiants (c'est le côté anarchique des argentins qui ressurgit) : Suma-exactas, Suma-química, Vector, Pi, Elpe, et j'en passe... en gros dans le hall de la fac de chimie, il y a environ cinq stands de groupes universitaire (rien que pour cette fac). Du coup c'est un peu le bordel, par exemple quand la moitié décide de faire une manif au rectorat de la Plata, et l'autre d'aller à la manif de Buenos Aires, place de Mai, avec les ouvriers ou les fonctionnaires. Ou avec toutes les banderoles vertes pour Suma, oranges ou jaunes pour les autres, remplissent tout le couloir malgré les plafond hauts, avec des messages comme celui ci :

No hacen falta alas para hacer un sueño:

basta con las manos, basta con el pecho,

basta con las piernas y con el empeño.

Traduction :

On n'a pas besoin d'ailes pour faire un rêve:

Il suffit d'avoir des mains, un torse,

des jambes, et de la persévérance.

Bon parfois c'est plus terre à terre, genre des affiches pour des manifs ou pour des réunion sur la défense de l'indépendance des universités. Inutile de dire que tous sont très à gauche, et autant ils font un travail vraiment nécessaire (par exemple la réforme portée par le groupe Pi), autant parfois ils sont un peu parano, genre complot mondial des multinationales capitalistes impérialistes et du FMI pour prendre le contrôle de l'éducation et tous nous tuer, voire pire, privatiser. En même temps quand on voit la situation du pays, la façon dont en profitent certaines compagnies étrangères, et la façon dont le FMI traite le pays, voir même sa responsabilité dans la crise de 2001, on comprend qu'ils soient amers. Sans parler du fait que l'Argentine n'est pas la France : ici la (dernière) dictature s'est terminé en 1983, c'est à dire que la plupart de mes collègues de la fac sont nés sous la dictature, alors que mes deux parents et moi n'ont connu que la République. Et qu'il y a à peine plus de vingt ans, les étudiants trop engagés avaient la fâcheuse habitude de disparaître.

En parlant de ça, on vient de retrouver en Argentine les restes d'une française "disparue" à la fin de la dictature, je ne sais pas si on en a entendu parler en France.

Bon et bien moi je vais retourner au boulot ; au fait vous saviez que dans chaque groupe de six personne, au moins 3 ne se connaissent pas ou se connaissent toutes ? C'est une observation de sociologie qui se démontre avec la théorie des graphes. Super non ?

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, lire et ajouter des commentaires ?

Accès rapide

Aller à la page d'accueil, aller à la liste de tous les billets.
Licence Creative Commons Hébergé par l'Autre Net, hébergeur associatif autogéré Installez Firefox Valide HTML 5 Valide RSS